vendredi 13 septembre 2013

Nigéria : Des jeunes filles mineures sont enlevées et contraintes à se convertir à l'islam

Maiduguri: La communauté chrétienne du nord du Nigeria est alarmée par un phénomène qui tend à se répandre : des jeunes filles mineures sont enlevées et contraintes à se convertir à l’islam. La secte islamiste Boko Haram serait mêlée à ces enlèvements, rapporte le 23 juillet 2013 l’agence missionnaire vaticane Fides. Boko Haram multiplie par ailleurs les attaques contre les écoles qui enseignent "l'éducation occidentale".
Un soldat de la secte Boko Haram au Nigeria (Image: Ucanews)

Des jeunes filles mineures sont enlevées et retenues dans les maisons d'émirs ou de responsables religieux radicaux, parfois liés au groupe Boko Haram, relate la Northern Christian Association of Nigeria (CAN), préoccupée par la croissance rapide de ce phénomène. L'association indique suivre cinq cas à la demande des familles des jeunes filles enlevées. Mais « lorsque l'on signale un cas de ce genre à la police, les agents répondent qu'ils ne peuvent rien y faire. Nous croyons parfois qu'ils sont complices » explique Daniel Babayi, secrétaire de la CAN. Les chrétiens du nord du Nigeria sont victimes du groupe militant islamique Boko Haram, qui vise à instaurer un État islamique. Dans le cadre d'une campagne terroriste qui dure depuis des mois, de nombreuses églises ont été attaquées et des fidèles chrétiens tués. Selon un certain nombre des déclarations publiques, Boko Haram a affirmé que « enlever des femmes chrétiennes fait partie des nouveaux efforts visant à frapper les chrétiens et à les contraindre à quitter le nord ».

"L'éducation occidentale est péché"

Les écoles constituent l'un des objectifs primaires du groupe. Au début du mois de juillet, plus de 40 personnes, en majorité des élèves, ont été tuées dans le cadre d'une attaque perpétrée contre un collège dans l’État de Yobe. Lors d'une autre attaque récente, le dortoir d'un institut a été incendié alors que les enfants dormaient, ceux qui cherchaient à s'enfuir ayant été tués. Boko Haram signifie "l'éducation occidentale est péché" et le responsable de la secte, Abubakar Shekau, a demandé publiquement à ce que les attaques contre les écoles "qui enseignent l'éducation occidentale" se multiplient. Afin de réagir à la guerre déclenchée par Boko Haram contre la nation, les États nigérians de Borno, Yobe et Adamawa, dans lesquels les militants représentent la menace la plus forte, se trouvent en état d'urgence depuis deux mois.
APIC| 23 juillet 2013 | 14h24
Un soldat de la secte Boko Haram au Nigeria (Image: Ucanews)
Source : Article du Portail catholique suisse - http://www.cath.ch 
& agence APIC (Cf. www.kipa-apic.ch)
 

Dhimmitude : Textes officiels discriminatoires à l'égard des Chrétiens d'Orient - Christian Lochon

L'article présenté aborde le sujet de la dhimmitude à l'égard des Chrétiens d'Orient, sachant que les dhimmis, c'est à dire les non-musulmans, sont autant juifs que chrétiens.

"Textes officiels discriminatoires à l’égard des Chrétiens d’Orient"

Christian LOCHON - Directeur honoraire des Études - CHEAM

Source  'L'Oeuvre d'Orient' bulletin n°760
 

Afin d’éviter qu’un non- musulman puisse être élu aux fonctions de Chef de l’État, la constitution de chaque État arabe, sauf celle du Liban, stipule que la religion du Chef de l’État est l’islam ; on peut ajouter aussi que la religion officielle de l’État est l’islam.

Les deux textes qui suivent vont préciser les barrières dressées par les apparatchiks ou les religieux musulmans contre toute velléité d’un non-musulman, d’un dhimmi qui essaierait de faire une carrière politique dans un pays musulman actuel. Ainsi dans son livre « Le statut des dhimmis en pays d’Islam (1963), l’Égyptien A.K.Zeidan écrit : « L’État islamique exige pour la jouissance de certains droits la condition de la religion. Il ne suffit pas qu’une personne soit ressortissante de cet État. Et rien d’étonnant à cela car l’État est libre de la réglementation de la jouissance juridique des citoyens… L’État islamique considère le critère religieux comme la base de discrimination acceptable entre les citoyens en ce qui concerne certains droits, en raison de la qualité islamique de l’État et du fait que ce droit empêcherait de violer les normes de l’Islam. Or l’Islam exige pour la jouissance de certains droits la condition de l’appartenance à l’Islam ».
Abi Al-Ala Al-Mawdoudi, chef religieux islamique pakistanais, dans un article traduit et publié en Égypte en 1977, interdit aux chrétiens le droit d’élection et de candidature pour la Présidence et pour le Parlement. Ils ne peuvent participer qu’aux organes locaux. Il leur est interdit d’occuper les fonctions principales, surtout celles qui touchent à la planification et la direction des organes gouvernementaux importants. Par contre, ils peuvent occuper les fonctions de comptable superviseur, d’ingénieur ou d’administrateur des PTT. Quant à l’armée, ils ne peuvent occuper que la fonction de simple soldat. (Droits des dhimmis dans l’État musulman, Dar el-Fikr - Le Caire 1977).

En ce qui concerne l’entretien des édifices du culte chrétiens, les textes des premiers siècles de l’islam ont conservé leur influence aujourd’hui. Il s’agissait d’interdire la construction de nouvelles églises et d’empêcher les réparations sur les anciennes. Ainsi, croyait-on, au bout de quelques siècles, il n’y aurait plus que des ruines, impropres au service du culte. Ibn Al Naqqash (XIe siècle) donne sur ce sujet le point de vue officiel : « Omar el Abdelaziz (VIIIe siècle) interdit aux chrétiens d’élever la voix en chantant dans leurs églises car ce sont les chants les plus désagréables au Très Haut » et il leur défendait de réparer les parties de leurs temples qui viendraient à tomber en ruines. Sur ce point, il y a deux opinions : s’ils les recrépissent à l’extérieur, dit Al Istakhri (898-949), juriste chaféite de Bagdad, on doit les en empêcher, mais s’ils réparent seulement l’intérieur, la partie qui est de leur côté, on peut tolérer cela » (sic). Le Président libyen Kadhafi déclarait dans le même ordre d’idée, le 8 septembre 1989, « Un arabe ne devrait pas être chrétien et la lutte doit s’opérer pour que les chrétiens arabes embrassent l’islam. Il peut en être ainsi en Égypte, en Irak et en Syrie, où il y a également encore des Arabes qui ne sont pas musulmans ». On pourrait ajouter qu’il y en a même en Libye (20 000) de ces nationalités citées et qui se rendent sans difficulté à la messe dite en arabe dans l’église franciscaine de Tripoli chaque samedi soir. Auparavant, le statut de dhimmi impliquait le paiement d’un impôt très lourd et l’arme fiscale poussait donc à une forte islamisation. Ceci n’existe plus aujourd’hui au nom de la citoyenneté, mais le mépris et la méfiance demeurent, les chrétiens étant souvent assimilés aux « Croisés » occidentaux. Malgré l’article 46 qui se trouve dans la Constitution égyptienne comme dans la plupart de celles des autres États de la région et qui proclame : « l’État garantit la liberté de croyance », il est dangereux d’être musulman et de se convertir à une autre religion, et à un chrétien converti à l’islam pour des raisons profanes (mariage, promotion administrative, bourses d’études pour les enfants) de revenir sur sa décision. C’est pourquoi les États arabes ont préféré adhérer à une Déclaration Islamique des Droits de l’Homme qui passe l’apostasie sous silence plutôt qu’à la Déclaration Universelle qui l’autorise.
Monseigneur Cyrille Bustros, archevêque melkite de Baalbeck, fait état de la situation des édifices du culte dans les pays musulmans. A part l’exception libanaise, le prélat donne trois cas :
1. Pays où il est interdit de construire des églises : Arabie Saoudite, Yémen.
2. Pays où les chrétiens sont considérés comme non nationaux : Koweït, États du Golfe, Oman, États du Maghreb. La construction des églises y est autorisée.
3. Pays où les chrétiens sont autochtones : Égypte, Syrie, Irak, Jordanie, Palestine, Turquie (et Iran). Leur présence est légale ; ils sont des citoyens de seconde zone et tout prosélytisme de leur part envers les musulmans est interdit.
La discrimination existe dans les services administratifs comme le remarque Sami Abu Sahlieh (1); les chrétiens rencontrent des ennuis dans leurs transactions commerciales, dans l’exécution des jugements, dans la perception des impôts, dans le paiement de leurs salaires ou des dommages et intérêts. Dans l’éducation, les écoles privées chrétiennes se voient imposer de constantes entraves, les élèves chrétiens reçoivent difficilement des bourses pour l’étranger (Égypte entre autres), doivent suivre des cours rendus obligatoires de catéchisme musulman et de textes coraniques, découvrent dans les manuels d’études des jugements qui mettent les chrétiens en constante accusation (croisades, époque coloniale) sans faire connaître le rôle des chrétiens d’Orient dans la Renaissance arabe.

Le maintien du statut personnel dans tous les pays arabes entraîne des situations litigieuses très éprouvantes. Ainsi, en Syrie, un père de famille chrétien qui veut divorcer, devient musulman. Ses enfants deviennent obligatoirement musulmans, puisqu’ils se voient attribuer la religion de leur père. A 18 ans, ils ont le droit d’instruire un procès pour obtenir le droit de redevenir chrétien, mais ce faisant, ils ne pourront plus hériter de leur père, puisque des non musulmans ne peuvent pas hériter de musulmans. La situation qui aurait pu être ubuesque dans d’autres pays, devient ici cauchemardesque, même si, en Syrie, des avocats se sont spécialisés pour que leurs clients puissent redevenir chrétiens en échappant à l’interdiction d’apostasie de l’islam, en principe, punie de mort.

D’autres cas sont encore plus pénibles. Dans l’hebdomadaire francophone cairote « Ahram Hebdo » du 26 octobre 1993 traitant des mariages mixtes en Égypte, le jurisconsulte bien connu, Saïd Ashmawy, écrit : « Les femmes non musulmanes ne peuvent pas hériter de leur mari musulman, mais leurs enfants, considérés comme musulmans, le peuvent » ; par contre, un mari musulman pourrait hériter de sa femme non musulmane selon le hadith (parole du Prophète), rapporté par Mouath, alors gouverneur du Yémen : « L’Islam augmente et ne diminue pas. Puisque nous nous marions avec les nôtres, nous héritons d’eux et ils n’héritent pas de nous » (cf. « Arab News », Jeddah, 22 décembre 1995). De même la musulmane n’a pas le droit de garde des enfants ; c’est ce qui entraîne des situations dramatiques qui conduisent les pères musulmans à enlever leurs enfants issus d’une union mixte, en cas de divorce, car la loi française, et d’une manière générale, européenne, privilégie de confier la garde des enfants à la mère. Le Professeur Michel Verwilghen de l’Université de Louvain a évoqué ce douloureux problème.

Christian LOCHON
Directeur honoraire des Études - CHEAM

NDLR : les 2 ouvrages de Mme Bat Ye'Or "Les chrétientés d'Orient entre jihad et dhimmitude" et "The dhimmi" sont des choix d'illustrations de la rédaction, pour approfondir l'article de l'auteur.

Egypte : des musulmans protègent une église, message du pape Tawadros II

Source : http://www.oeuvre-orient.fr

Égypte : des musulmans protègent une église, message du pape Tawadros II

19/08/2013
Le pape copte d'Egypte, Tawadros II, remercie les musulmans qui ont défendu une église par une chaîne humaine. 
Il a présenté ses condoléances aux familles des personnes décédées lors des affrontements de ces derniers jours et il a adressé un message de soutien aux blessés, à la télévison « MeSat ».
Il s’est également dit choqué des attaques contre les églises :

Voici l’interview complète de Tawadros II pour la télévision « MeSat », traduite en français :
interview du Pape Tawadros II, sur les affrontements en Egypte, Août 2013 :
http://blogcopte.fr/2013/08/17/video-interview-du-pape-tawadros-ii-sur-les-attaques-contre-les-eglises-traduction-en-francais-2/

Selon certaines sources, une quarantaine d’églises auraient été visées par les violences.
Le Pape Tawadros II a par ailleurs remercié ses « frères dans la citoyenneté, les musulmans », comme il les appelle, en les encourageant à continuer leur rôle de soutien envers les coptes.
Sources : blogcopte, zenit

 Le 13 août 2013, la cathédrale copte de Sohag avait été protégée hier par une chaîne de musulmans contre toute attaque venant des Frères Musulmans, mais le cordon n’ayant pas été poursuivi le 14 août au matin, la cathédrale a été la proie des flammes.

Egypte : Liste des 50 églises brulées le 14 août 2013

Pourquoi les coptes sont-ils attaqués systématiquement ?

Journal « la Croix » 16 août 2013
Article du Reportage : « Pourquoi l'Egypte est-elle à feu et à sang ? ».

Jeudi 15 août, Tewfik Aclimandos, présent au Caire, rapportait qu’une cinquantaine d’églises avaient été incendiées en vingt-quatre heures dans le pays. Dans ce bras de fer qui ne l’implique pas directement, la minorité copte apparaît comme un bouc émissaire facile. « D’autant plus, souligne François Burgat, qu’un certain nombre d’entre eux et de leurs dirigeants sont tombés dans le même piège qu’une bonne part des chrétiens syriens, à savoir se ranger de façon ostentatoire du côté du régime. Ce choix a alimenté sans surprise des tensions qui ont toujours existé. »
Les lieux de culte et les commerces étaient déjà menacés par le passé. « Mais les Frères musulmans ont alimenté le climat d’hostilité, à l’encontre des coptes, estime Tewfik Aclimandos. Le coup d’État était, selon eux, un complot copte. Les dirigeants des Frères musulmans ont convaincu leur base que leurs adversaires sont des ennemis de l’islam. »
MARIE VERDIER et RÉMY PIGAGLIO 

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En ajout de cet article, la liste bien effrayante et douloureuse des 50 églises.
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URGENT : Rapport sur les attaques de ce 14 Août

Jusqu'à 19h heure locale, ces églises et institutions coptes en Égypte ont été brûlés et saccagés par les mains des islamistes.

Chronologiquement :

- Trois églises et six bâtiments appartenant au monastère de la Sainte Vierge Marie et Saint Abra’am à Dalga, à El Minya, en haute Égypte
- L'église de Saint Mina dans le quartier d'Abu-Hilal dans la ville de El Minya
- Les églises de l'évêché de Saint Georges à Sohag, en haute Egypte
- L’église de la Sainte Vierge Marie à Nazla, au Fayoum, en basse Egypte
- L’église Baptiste à Beni-Mazar, à El Minya
- Les magasins des coptes dans la rue Gumhouriya à Assiut, en Haute Egypte
- L’école du Bon Berger à Suez
- L’école Franciscaine à Suez
- La Holy Bible Society à Fayoum
- L’église d’ al-Amir Tawadros (St Theodore) à Fayoum
- L’église Catholique de Saint Marc à El Minya
- L’église Jésuite dans le quartier de Abu-Hilal, à El Minya
- Les églises de Saint Marc et son centre communautaire à Sohag
- 18 maisons de familles coptes à Dalga, à El Minya, don’t la maison d’Abouna Angaelus Melek de l’église de la Sainte Vierge et de Saint Abra’am
- L’église évangélique à Nassara Street à Abu-Hilal, Minya
- L’église d’Anba Moussa al-Aswad à El Minya
- Les magasins, pharmacies et une clinique copte à El Miniya
- La basilique Saint Fatima au Caire (attaqué mais non brulé)
- L’école Saint Joseph à El Minya (attaqué mais non brulé)
- Le Nile boat à al-Dahabiya, qui appartient à l’église Evangélique à El Minya
- Les magasins, pharmacies, et hôtels de la rue Karnak et de la rue Cleopatra à Luxor (attaqués et pilés)
- L’église de Saint George à Wasta (attaqué)
- L’église de Saint Michael dans la rue Nemeis à Assiut
- L’église Adventiste à Assiut; le Pasteur et sa femme ont été kidnappés
- L’église grecque à Suez
- L’église de Mar-Girgis à Assiut
- Les maisons coptes dans la rue Qulta à Assiut ont été attaqués
- L’église de Mar-Girgis (St George) à Arish, dans le nord Sinaï
- L’église de Sainte Dimiana et l’église Evangélique dans le village de Zerbi au Fayoum
- Les bureau de la fondation évangélique à El Minya et ceux de Umm al-Nour à Beni-Mazar, à El Minya
- L’église d’Anba Antonius à Kerdassa, Giza
- L’église de l’évêché à Etfeeh, Giza


« Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître ? » Ouvrage d'Annie Laurent, Editions Salvator

« Les chrétiens d'Orient vont-ils disparaître ? »

Ouvrage d'Annie Laurent

Editions Salvator – août 2008



Annie Laurent est une spécialiste reconnue du Proche-Orient. Dans ce nouvel ouvrage, elle présente les différentes communautés chrétiennes d’Orient et insiste sur l’enjeu de leur maintien sur leurs terres d’origine comme élément de stabilité régionale et d’équilibre confessionnel. Après des siècles de présence, les chrétiens d’Orient sont aujourd’hui dans une situation nouvelle: celle d’une extinction possible. Coptes, maronites, grecs-orthodoxes ou catholiques, Arméniens-orthodoxes ou catholiques, protestants, Chaldéens, Assyriens, syriaques...ces communautés sont les héritières de la Première Église. Leur diversité atteste de leur richesse, de leur ouverture et de leurs ressources intellectuelles et spirituelles. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Combien sont-ils ? Quel est leur statut dans les pays dominés par l’Islam? De quelles libertés jouissent-ils ? Quels rôles culturels et économiques jouent-ils ? Quelles épreuves subissent-ils ? Leurs spécificités d’ordre théologique ou juridique restent-elles significatives ? Comment se situent-ils par rapport à Israël et au judaïsme ? Restent-ils des traits d’union entre confessions, religions et communautés ? Quels rapports entretiennent-ils avec Rome ?

Au-delà des souffrances qui sont les leurs, Annie Laurent met en évidence les initiatives apostoliques prises par ces églises pour relever les défis existentiels auxquels sont confrontés les chrétiens en Orient. Ed Salvator.

Même si, comme elle le dit joliment dans son livre, « la mosaïque relève de l’art », la complexité confessionnelle du Moyen-Orient demeure un problème face à
l’islam hégémonique. Cette unité des chrétiens, écrit Mgr Sleiman, archevêque de
Bagdad, dans une remarquable préface du livre, est un des trois défis à relever, les
deux autres étant la dhimmitude (état des non-mulsulmans considérés comme des citoyens de seconde zone) et la question israélo-palestinienne.
Plutôt que de faire une étude exhaustive de l’ouvrage, c’est à ces deux défis, qui
éclairent la tragédie des chrétiens d’Orient et nous renvoient à nous-mêmes comme
en un miroir, que je m’attacherai.
La dhimmitude
Au droit commun des religions, qui tend à prévaloir en Europe, l’islam oppose l’affirmation de sa propre supériorité et son corollaire, la dhimmitude. Selon un hadith, « l’islam domine et ne saurait être dominé ». Quand l’islam est majoritaire, le pouvoir doit revenir à un musulman, toute autre situation étant provisoire. La condition des chrétiens ne résulte donc pas d’un contrat, mais d’un rapport de vainqueur à vaincu. En outre, l’islam se définit comme un tout politico-religieux indissociable, et une seule loi : la charia, issue directement du Coran et de la Sunna (la Tradition). Comme le dit Hassan el Banna, fondateur des Frères musulmans : « L’islam est dogme et culte, patrie et nationalité, religion et État, spiritualité et action, Coran et sabre ». L’identité même des agnostiques et des athées est islamique, et se traduit par l’inscription de leur confession sur les registres d’état civil et souvent sur les papiers d’identité.
Le salut des chrétiens est ainsi de se replier sur leur identité confessionnelle pour éviter la dissolution ou la soumission à la charia. Ce qu’on appelle, au sens courant, le communautarisme.
La laïcité introuvable
En marge du livre d’Annie Laurent, remarquons que la notion de laïcité n’a pas de traduction en arabe. Selon le Père Samir Khalil, jésuite égyptien, le mot a un équivalent lointain dans elmaniyya, qui signifie éloignement et abandon de Dieu en faveur du monde et a donc une acception fortement péjorative.
Si cependant, Abdellak Eddouk, du Conseil régional du Culte musulman, affirme qu’en
France « la laïcité est une chance pour l’islam » (Valeurs actuelles du 26 janvier), il faut en comprendre le double langage : la France offre à l’islam un espace et une visibilité qui en Orient sont refusés aux chrétiens, mais qui en Europe sont appelés à gagner du terrain et à devenir dar el islam (c'est à dire 'demeure de l'islam' ; ndlr), puisque, dit toujours Eddouk, « l’islam, en France, n’est plus une religion de passage, c’est une religion nationale ».
L’instrumentalisation de la laïcité dont usent en Europe les musulmans est en revanche impossible aux chrétiens d’Orient. Les pays où ils résistent le mieux sont ceux où la Constitution repose sur un communautarisme confessionnel (Liban), ceux où les chrétiens disposent de leur propre juridiction (Jordanie), ou ceux où les dirigeants, minoritaires, ménagent les chrétiens minoritaires comme eux (Syrie, ou Irak avant que l’Occident laïciste s’en mêle).
Mais dans ces pays mêmes la situation des chrétiens se détériore et plus encore que ne l’écrit l’auteur, qui a publié son livre en 2008. Au Liban, l’influence grandissante du
Hezbollah risque de réduire le pacte communautaire à une fiction constitutionnelle.
En Jordanie et en Syrie, la poussée des mouvements islamiques inquiète les chrétiens
et les incite à l’exil. Au Liban même, des voix discordantes se font entendre.
Annie Laurent cite un historien chiite : « Sans les chrétiens, les musulmans libanais perdraient une grande partie de leur liberté ». Mais elle cite aussi le directeur de l’institution représentative du sunnisme libanais (Dar el Fatwa) : « Le musulman, au Liban, ne peut être qu’engagé par les obligations de l’Islam, parmi lesquelles la création de l’État islamique. Celle-ci peut toutefois être suspendue provisoirement en cas de contraintes extérieures… La solution fondamentale c’est l’appel à l’instauration d’un pouvoir islamique au Liban ».
Les maîtres de la maison
Ce qui frappe le lecteur, c’est la distorsion entre la situation réelle et l’image qu’on veut
en donner. Si la dhimmitude ne figure plus dans le droit des pays dont l’islam est religion d’État – sauf en Iran où Khomeiny l’avait réintroduite – elle est néanmoins pratiquée de facto.
Dans les pays les plus hostiles aux chrétiens, l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Égypte dans
une moindre mesure, il existe un dialogue inter religieux officiel entre le Saint-Siège et certains dignitaires musulmans. Dialogue légitime pour le Vatican qui ne veut gâcher aucune chance de sauver les chrétiens, surréaliste quand on songe que l’université El
Azhar (qui vient de rompre le dialogue) refuse les étudiants chrétiens, et que l’Arabie
Saoudite n’admet sur son sol aucun lieu de culte sous prétexte que la péninsule arabique est une immense mosquée.
Le statut de dhimmi est assumé différemment selon les pays et les confessions. En Palestine, les autorités ecclésiastiques ont exprimé une solidarité sans faille avec les revendications souverainistes de leur peuple, et certains chrétiens se sont même rapprochés du Hamas. Réactions contre les injustices d’Israël ? Moyen pour les chrétiens d’obtenir par leur patriotisme l’égalité avec les musulmans ? Mais l’affirmation de Michel Sabbah, qui fut patriarche latin de Jérusalem – « nous sommes des chrétiens de civilisation islamique » – peut aussi sonner comme l’écho d’une dhimmitude intériorisée.
En revanche, en 1984 à Damas, le patriarche orthodoxe Ignace IV Hazim rappelait que les chrétiens sont en Orient sur leurs terres ancestrales : « C’est nous qui sommes
les vrais maîtres de la maison, les musulmans sont nos hôtes depuis quatorze siècles ».
D’où la valse hésitation à l’égard de l’arabité. Ni les Égyptiens, ni les Libanais, ni les Irakiens ne sont arabes. D’où la tentation pour les Coptes, les Maronites, les Chaldéens de se rattacher à la culture pharaonique, phénicienne, assyrienne. Mais, face à des affirmations comme celle de Kadhafi : « Il serait anormal qu’un Arabe ne soit pas musulman », certains sont tentés de revendiquer une arabité problématique : arabes
parce que de langue arabe… qui leur fut imposée par l’envahisseur musulman. À ce titre, ne pourrait-on pas dire que les chrétiens arabophones, traducteurs en arabe des
textes grecs, sont les vrais fondateurs de ladite civilisation arabe ?
Le problème d’Israël
Ces réactions diverses, pathétiques souvent, toutes motivées par la volonté des chrétiens de ne pas vivre en exilés dans leur propre pays, n’empêchent pas l’érosion chrétienne. Mgr Sleiman ne l’attribue pas seulement au totalitarisme islamique. Elle
est aussi, écrit-il, « la conséquence des stratégies et des tactiques de la politique internationale ».
Si le prestige de l’Occident fut fort dans la première moitié du XXème siècle, le nationalisme a cependant échoué. Mgr Sabbah en donne une raison qui, si elle n’explique pas tout, est néanmoins intéressante : « Le nationalisme arabe a échoué parce que ses promoteurs, influencés par la philosophie des Lumières, étaient agnostiques et laïcs ».
En outre la création de l’État d’Israël en 1948 a constitué, écrit Annie Laurent, un
« bouleversement de l’équilibre régional » État de nature confessionnelle, voulu et soutenu par l’Occident, il contribue à la reconfessionnalisation des sociétés orientales.
Abraham Burg, ancien président de la Knesset, disait lui-même : « Un État juif, c’est de
la dynamite », qui légitime, par là même, les États islamiques.
Évêque de Saint-Jean d’Acre depuis 2006, le Père Elias Chacour, lorsqu’il était curé de la paroisse grecque – catholique d’Ibillin, comparait implicitement le dhimmi et le
goy : « La religion juive fait cette distinction entre le juif et le goy, entre l’élu et le païen…
le non-juif survivra avec le juif s’il accepte de se considérer comme inférieur à celui-ci…
Nous ne pouvons nous considérer comme des étrangers dans notre propre maison. Nous ne sommes pas des intrus ».
L’exil ou le martyre
Pris en étau entre Israël et Islam, intrus chez les uns et « ennemis de l’intérieur » parce qu'« alliés des croisés » chez les autres, les chrétiens d’Orient n’ont souvent le
choix qu’entre l’exil et le martyre. L'Irak est à cet égard emblématique. Depuis que la constitution de 2005 fait de l’islam la religion d’État et stipule qu’aucune autre loi que la loi islamique ne peut être admise, les chrétiens, victimes de la croisade sans croix des Américains, sont devenus des parias chez eux et même des « cibles légitimes». «L’enfer, c’est chez nous », pouvait dire Mgr Louis Sako, évêque chaldéen de Mossoul.
Mais Annie Laurent ne veut pas s’en tenir « à l’évocation et à la description du sort
actuel des chrétiens », dont les effets seraient stériles et désespérants. Son livre est une
mine de renseignements, mais l’oeuvre aussi d’une chrétienne militante. Elle guette les signes d’espérance, attentive aux « trésors d’imagination et d’intelligence » des Églises
d’Orient pour dissuader leurs communautés de s’exiler, car « ceux qui partent affaiblissent ceux qui restent ».
Sans doute. Sans doute aussi faut-il comprendre que l'’enjeu n’est pas seulement la protection des minorités, mais la permanence du christianisme sur sa terre d’origine,
et la nécessité d’une présence chrétienne en cet Orient qui, sans elle, serait livré à la
charia.
Cependant Je ne partage pas vraiment le point de vue de ceux qui, comme Annie
Laurent, dans un Occident encore préservé, appellent les chrétiens d’Orient « à comprendre ce que Dieu attend d’eux sur la terre où Il les a placés, sachant que la perspective du martyre est toujours à l’horizon ».
Je préfère que les Européens soient rappelés à leur responsabilité, selon l’avertissement de Mgr Sleiman : si les drames du Proche-Orient, écrit-il, « ne trouvent pas de solutions, ils sont, par un effet de boomerang, en passe d’atteindre leur propre univers ».
Mais pour avoir conscience du danger et la volonté de le conjurer, encore faudrait-il
que l’Europe oublieuse ait quelque conscience d’elle-même et sente avec les
chrétiens orientaux quelque chose qui ressemble à une communauté d’origine et de
destin. Un événement récent, en tout cas, est de mauvaise augure : c’est le report sine
die, faute de consensus, d’un texte de la diplomatie étrangère de l’Union européenne
sur la liberté religieuse menacée. Le désaccord portait, de la part de Catherine Ashton,
haute représentante aux Affaires étrangères de l’Union européenne, du Royaume-Uni
et de pays nordiques, sur le refus d’une référence spécifique aux chrétiens comme victimes des persécutions religieuses.
Si l’Europe pratique l’autocensure jusqu’à s’interdire la seule mention des chrétiens par crainte du choc des civilisations, c’est le signe d’une dhimmitude plus intériorisée en Europe qu’au Proche-Orient. « Les institutions européennes risquent de perdre toute crédibilité » commente Radio-Vatican, et les chrétiens d’Orient tout secours européen.
Danièle Masson
http://www.reseau-regain.net/IslamPDF_file/IslamPDF_files/2Da94ChretOrientDisparait.pdf

 

"C’est une honte pour notre pays" - Christian Solidarity International


«C’est une honte pour notre pays»

Dimanche 23 décembre 2012

En 1974, après avoir terminé ses études, la chrétienne copte Nadia Ghaly s’est enfuie d’Égypte en Australie. Elle a rédigé deux rapports pour CSI et évoque publiquement la disparition de jeunes femmes coptes.

Vous êtes coauteur du rapport de CSI intitulé La disparition, le mariage forcé et la conversion forcée [à l’islam] de jeunes chrétiennes coptes (en anglais). Certains prétendent qu’il s’agirait plutôt d’«histoires du style Roméo et Juliette».
Nullement! Il est clair que dans certains cas, des jeunes coptes épousent un musulman de leur plein gré, mais ce n’est pas la règle. J’entends régulièrement des histoires terribles, notamment de la part des femmes elles-mêmes, quand elles parviennent à s’enfuir. Certaines sont leurrées par des promesses séduisantes, d’autres sont carrément enlevées, violées et ensuite forcées à se convertir à l’islam. Souvent, on les isole complètement du monde extérieur et elles n’ont pas le droit de quitter la maison.

Quand avez-vous appris pour la première fois que des femmes coptes disparaissaient?
J’en avais entendu parler dans ma jeunesse, mais à l’époque, il s’agissait de cas occasionnels. Dans les années 1970, ma cousine a disparu. Elle était monitrice d’école du dimanche dans notre Église. Elle était très belle et déjà fiancée. Je suppose qu’elle s’est mariée parce qu’elle avait été violée. Mais ses parents avaient tellement honte qu’ils prétendaient que leur fille était morte. Seuls leurs proches connaissaient la vérité.

La disparition de votre cousine a donc été un élément déclencheur de votre activité dans la défense des droits de l’homme?
Non, un autre événement clé s’est produit des années plus tard. En 1992, j’ai appris qu’on avait massacré des Coptes dans un endroit situé à deux heures de ma ville natale. 13 chrétiens sont morts. J’ai ressenti un tel choc que j’ai commencé à m’engager pour défendre les droits des Coptes. Maintenant, je fais tout pour rendre public le sort des femmes coptes disparues.
À Lausanne, vous avez qualifié ces cas de «crime très bien organisé qui vise à faire disparaître les Coptes du monde».
Oui, il y a véritablement un système là derrière. Un avocat nous a raconté qu’un musulman avait épousé cinq femmes coptes et les avait toutes forcées à se convertir à l’islam! On rapporte même qu’un homme qui épouse une femme et la convertit à l’islam recevrait une récompense pécuniaire.
Derrière le mariage forcé et la conversion forcée, il y a l’idée de faire diminuer le nombre de mères coptes et augmenter le nombre de mères musulmanes. Des cercles islamistes voudraient qu’il n’existe plus de Coptes en Égypte.

Qui est-ce qui lutte contre la disparition des femmes coptes?
Sur place, les choses ne bougent guère, malheureusement. Le sujet est très délicat. Jusqu’à présent, l’Église copte orthodoxe n’a pas une approche progressiste: les femmes coptes qui ont pu s’enfuir sont encore punies, alors qu’elles devraient être réhabilitées!
Mais il y a encore une lueur d’espoir. Il est vrai que les ecclésiastiques coptes n’osent presque jamais s’exprimer publiquement au sujet des femmes coptes disparues, mais le nouveau pape copte orthodoxe Tawadros II a été très clair. Peu après son intronisation en novembre 2012, il a déclaré: «Nous exigeons le retour des filles, car [leur disparition] est une honte pour notre pays et nuit à la réputation de l’Égypte à l’étranger.»

Que pouvons-nous faire ici, en Occident?
Nous devons diffuser plus largement les informations et exercer une pression internationale. Le gouvernement égyptien doit enquêter plus diligemment et punir les coupables.

■ Adrian Hartmann
Née en 1954, la militante copte des droits de l’homme Nadia Ghaly a grandi dans le sud de l’Égypte, très conservateur. Elle a étudié l’agronomie. À partir du début des années 1970, elle a senti l’influence croissante des islamistes. Elle a été menacée à cause de son activité politique dans le milieu estudiantin, et surtout parce qu’elle était une femme et chrétienne. En 1974, elle a donc dû s’enfuir en Australie pour rejoindre son frère. Aujourd’hui, Nadia Ghaly travaille comme bibliothécaire dans une université australienne. En outre, elle s’engage en politique et dans le cadre de la défense des droits de l’homme. Mi-novembre 2012, elle s’est exprimée lors des journées «portes ouvertes» de CSI.
Rapport CSI concernant les chrétiennes coptes
Comment les jeunes femmes coptes disparaissent-elles? Que deviennent-elles? En 2012, CSI a publié son deuxième rapport à ce sujet, co-rédigé par Nadia Ghaly (voir encadré) et par l’experte américaine de la traite des êtres humains Michele Clark. Michele Clark est professeur-assistant à la «George Washington University (Elliott School of International Affairs)». Elle a également été chargée de la coordination dans la lutte contre la traite des êtres humains pour l’OSCE.

Les deux rapports peuvent être commandés sur : http://www.csi-france.fr

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Cet article provient du site Christian Solidarity International, dont voici le lien :
http://www.csi-france.fr/nadia_ghaly.php?bnrLink=nadia_ghaly.php&sId=

jeudi 12 septembre 2013

Figaro Magazine du 05-06/07/2013 : "Les disparues d'Égypte" Reportage de Jean-Marc Gonin.Photos Alfred Yaghobzadeh.


REPORTAGE : « Les disparues d'Egypte »

par © Jean-Marc Gonin et Alfred Yaghobzadeh, publié dans Le Figaro Magazine du 05-06/07/2013

Un profond merci pour l'autorisation de publication.